Étude TA-SWISS: le nucléaire arrive trop tard pour le climat
Zurich, le 27 octobre 2026
L’étude de TA-SWISS publiée aujourd’hui sur les nouvelles technologies nucléaires contredit les arguments du conseiller fédéral Albert Rösti. Selon ses modélisations, l’objectif «zéro émission nette» peut être atteint sans construire de nouvelles centrales nucléaires. Les nouveaux réacteurs ne pourraient entrer en service qu’en 2050 au plus tôt, trop tard pour le climat et avec des coûts supplémentaires pour les ménages et l’économie. Pourtant, l’étude repose sur des hypothèses favorables au nucléaire et ignore des risques majeurs. La Fondation Énergie estime donc que l’étude de TA-SWISS ne constitue pas une base suffisamment solide et équilibrée pour éclairer les décisions politiques.
Lors du débat houleux qui s’est tenu au Conseil national le 30 septembre dernier, le conseiller fédéral Albert Rösti a affirmé que la décarbonisation n’était possible que si l’approvisionnement en électricité était garanti, ajoutant: «C’est pourquoi nous avons besoin de toutes les sources d’électricité.» De nouvelles centrales nucléaires en échange d’une protection du climat «à 100 %»: telle était la proposition d’Albert Rösti au Parlement. Or, l’étude de TA-SWISS montre que l’objectif «zéro émission nette» peut être atteint même sans construire de nouvelles centrales. L’impact climatique dépend de la rapidité avec laquelle le secteur du bâtiment et celui des transports abandonneront le pétrole, le gaz et l’essence, et non de la mise en service d’un nouveau réacteur nucléaire. À l’inverse, l’étude montre que la construction de nouvelles centrales nucléaires ne permettrait pas de rattraper un éventuel retard sur la trajectoire climatique prévue.
Trop tard, trop cher, trop peu sûr et néfaste pour l’économie
Selon l’étude, les grands réacteurs ne pourraient entrer en service qu’à partir de 2050 au plus tôt, tandis que les petits réacteurs modulaires (SMR) pourraient être disponibles peu avant. Leurs avantages potentiels, notamment la réduction des importations d’électricité en hiver, ne se concrétiseraient que s’ils étaient mis en service suffisamment tôt. Or, une mise en service rapide semble peu probable. L’étude rajoute que la construction d’une nouvelle centrale nécessiterait plusieurs votations populaires. En outre, une majorité politique solide en faveur de l’atome n’est «pas envisageable» et la législation actuelle sur l’énergie nucléaire n’est pas adaptée aux nouvelles technologies de réacteurs. Par ailleurs, tout retard dans la construction entraînerait une hausse des prix de l’électricité vers 2050. La croissance économique resterait également plus faible jusqu’en 2070 que dans un scénario où de nouvelles centrales nucléaires seraient construites plus rapidement.
La question du financement reste également en suspens. Selon l’étude, le financement de nouvelles centrales serait pratiquement impossible sans une prise en charge des risques par l’État. Or, environ 60 % des personnes interrogées s’opposent à ce que l’État investisse dans l’énergie nucléaire. De plus, l’étude précise que la construction de nouvelles centrales nucléaires freinerait en partie le développement de l’énergie solaire.
Des estimations optimistes, des risques ignorés
C’est ce que montre l’étude de TA-SWISS, alors même que ses hypothèses favorisent le nucléaire. Elle prévoit des délais et des coûts de construction inférieurs à ceux observés sur les projets récents en Europe et aux États-Unis. À l’inverse, elle retient pour les installations solaires des coûts de financement supérieurs à ceux actuellement pris en compte par la Confédération. Aucun des scénarios étudiés ne prend en compte d’éventuels dépassements de coûts ou des retards de construction. Les conséquences d’un accident nucléaire grave ne sont pas non plus évaluées, tandis que le bilan écologique repose sur l’hypothèse d’un dépôt en couches géologiques profondes qui n’existe pas encore. Même BKW (Force Motrices Bernoises) estime que la construction de nouvelles centrales nucléaires en Suisse n’est pas réaliste dans les conditions actuelles.
L’évaluation technologique a été réalisée par l’Institut Paul Scherrer (PSI) et l’ETH Zurich, deux institutions qui mènent elles-mêmes des recherches sur les technologies nucléaires. L’ETH Zurich bénéficie par ailleurs de financements du secteur nucléaire. La Fondation Énergie, membre du groupe d’accompagnement, a exprimé à plusieurs reprises des réserves méthodologiques. Celles-ci n’ont toutefois pas été prises en compte, ou seulement partiellement, dans le rapport final.
«L’étude le confirme: pour protéger le climat, il faut dès maintenant abandonner le pétrole et le gaz et développer les énergies renouvelables. La construction de nouvelles centrales nucléaires arrive trop tard et coûte trop cher. Elle mobilise en outre des ressources dont nous avons besoin dès aujourd’hui et dans les années à venir pour protéger efficacement le climat», déclare Nils Epprecht, directeur de la Fondation Énergie.
Pour plus d’informations
Contacts
Nils Epprecht
Membre du groupe d’accompagnement de l’étude TA-SWISS et directeur de la Fondation Énergie,077 455 99 79
+41 77 455 99 79, nils.epprecht@energiestiftung.ch
Thierry Monnin
Responsable communication Suisse romande
+41 43 321 35 89, thierry.monnin@fondationenergie.ch